samedi 14 mai 2016

La victoire en changeant-Comment les Poilus ont transformé l'armée française (1914-1918)

La série « Les épées » est issue de l’expérience des cours donnés à Sciences-Po/Paris School of International Affairs sur l’histoire de l’évolution des armées. Le but de ces cours est d’analyser les freins, les moteurs, les acteurs et les processus qui ont permis la transformation des armées au cours des siècles à la manière des travaux d’état-major sur les conflits en cours.

Cette série de documents reprend ces travaux en les développant et en les complétant par de nouveaux cas concrets. Ce nouveau numéro est consacré à la transformation de l'armée française de 1914 à 1918. 

Cette analyse est disponible en format pdf (ou Word sur demande) à goyamichel@gmail.com et, à condition que cela vous plaise, au prix qu'il vous plaira (il suffit d'appuyer sur le bouton paypal en haut à droite sur ce blog et il n'y pas besoin d'avoir soi-même un compte paypal). 

Il sera disponible demain en format Kindle (lisible sur ordinateur sans liseuse Kindle) en cliquant (ici) 
ou sur l'icone sur le côté du blog.

Toutes les remarques et corrections sont les bienvenues.

Introduction


Dans un exercice d'écriture automatique ayant pour thème « le combat de l'armée française pendant la Première Guerre mondiale », on verrait certainement apparaître des termes comme « charges à la baïonnette », « offensive à outrance », ou « Chemin des Dames ». Hormis la défense héroïque de Verdun, l'imaginaire collectif reste en effet très marqué par la stérilité et le caractère meurtrier des opérations françaises, des assauts en pantalon rouge d'août 1914 à l'offensive Nivelle en avril 1917. Le commandement français y apparaît, au mieux, d'une grande médiocrité.

La guerre a pourtant été gagnée par les Alliés et la France y a pris la plus grande part mais dans l'historiographie l’éclat de cette victoire s'est largement estompé. Les ouvrages anglo-saxons traitant de l’année 1918 brillent par l’absence de l'armée française,  souvent considérée comme épuisée depuis les mutineries de 1917. Ils s’intéressent beaucoup plus à leur adversaire et notamment à ses troupes d'assaut, à l’apport américain ou à la campagne britannique « des 100 jours ». Du côté français, l'application désastreuse en 1940 des méthodes de 1918 a fini par les déconsidérer complètement, pour ne laisser la place qu'à la vision pacifiste d'une « armée de lions commandée par des ânes ».

L'armée française de 1918 mérite pourtant d'être réhabilitée. Elle ne représente plus certes que 40% des effectifs alliés sur le front à l’armistice mais les autres armées alliées sont organisées sur son modèle  (et souvent équipées par elle). Surtout, elle représente la force militaire la plus novatrice techniquement mais aussi sans doute tactiquement, même si ses victoires semblent moins spectaculaires que celles des Allemands. Elle ressemble alors bien plus aux armées actuelles qu’à celle de 1914. Elle a surtout réussi la transformation la plus importante et la plus radicale jamais réalisée dans ce pays pour une organisation de cette dimension. C’est cette remarquable transformation qui est décrite ici.
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21 pages-12 600 mots

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vendredi 13 mai 2016

J'irai rapper sur vos tombes !

Tous les dimanches, mon grand-père venait nous voir. Il s’attablait et après un ou deux verres, un souvenir de la Grande guerre lui revenait presque systématiquement. On avait droit en vrac, au massacre d’un escadron de Uhlans dans une embuscade au début de la guerre, aux terribles combats près de Reims en juillet 1918 où il avait tenu sa position pendant plusieurs jours face à la dernière offensive allemande, en ne buvant que du Champagne récupéré dans une cave voisine. Il y avait surtout la Somme. Sergent au 7e Colonial cet homme-là avait participé à l’assaut initial (oui, le 1er juillet 1916, que les Britanniques, qui ont perdu 20 000 morts ce jour-là, vont bientôt célébrer avec une grande dignité). Après plusieurs jours, il s’était retrouvé seul avec son capitaine au milieu de la deuxième position allemande. N’écoutant que leur courage, qui à l’époque disait encore quelque chose à beaucoup, ils étaient descendus à deux dans les boyaux et étaient tombés nez-à-nez avec plus de 70 Allemands abrités dans un stollen. La surprise aidant ils avaient gagné le combat et avaient réussi à ramener tous les prisonniers dans les lignes. Il avait été de tous les combats, d’un bout à l’autre de la guerre (ah oui, le chemin des Dames aussi), mais par le hasard des rotations pas celui de Verdun, ce qui pouvait presque passer pour un manque de sérieux à l’époque.

Je ne suis pas sûr que cet homme-là, qui parlait pourtant de tout cela avec la légèreté de l’évidence, ait apprécié pour autant que l’on décida de s’amuser pour célébrer le courage et le sacrifice de ses camarades. Je ne crois pas qu’il ait goûté particulièrement que l’on ait choisi et payé pour cela un chanteur pour ados qui visiblement n’avait pas la moindre idée de l’importance de ce qu’on évoque. Je ne pense pas qu’en écoutant les quelques textes de cet artiste et de ses camarades, il ait pu retrouver les valeurs qui l’animait à l’époque, des choses futiles comme la défense de la nation ou la fraternité entre ceux qui la constituent. Il aurait certainement trouvé que cela manquait pour le moins de « gueule » sinon de dignité, et qu’il s’agisse de rap ou de java, voire d’un vieux rockeur ou d’un ancien tennisman en mal avec leurs impôts, n’avait rien à voir à l’affaire. Il y a en revanche une chose dont je suis sûr, c’est qu’il eut été furieux que l’on qualifia son « étonnement » de réaction « rance », raciste voire fascisante, comme si s’insurger contre l’indigne était un monopole du Front national.

J’ai bien regardé et il n’apparaît nulle part que le bois des Caures ait été défendu par la tendance Jean-Marie ou que Douaumont ait été repris par la branche Marion. Alors par pitié, prenez un tout petit peu de hauteur, au moins celle de la côte 304 ! Ces Français qui ont été jetés dans la bataille, ils ont « toujours » des droits sur nous. Le premier d’entre eux c’est d’exiger d’être un minimum digne quand on parle d'eux. En fait non, c’est déjà d’être digne tout court et visiblement par ce que l’on voit et entend depuis un certain temps, c’est une bataille qui est encore loin d’être gagnée. J’en connais qui ne sont pas contents dans leur dernière tranchée et qui méritent mieux que le spectacle, et pas seulement celui de Black M, qu’on leur propose. 

lundi 9 mai 2016

Hé oh, la guerre

« La guerre est une chose trop sérieuse pour être laissée aux militaires »
Clément Attlee à Charles de Gaulle, reprenant Clemenceau
« La politique est une chose trop sérieuse pour être laissée aux politiciens »
Réponse de Charles de Gaulle à Clément Attlee

On a bien eu dans les armées le « Je raye de l’avancement tout officier qui aura son nom sur la couverture d’un livre » de la part d’un Maréchal du Second Empire qui aurait bien incapable d’en écrire un mais qui a quand même été le premier Président de la IIIe République. On se souvient du sort de notre armée d’ « opérations extérieures » belle muette inorganisée. Elle fut balayée en un seul mois de 1870 et cette défaite fut la première à être qualifiée d’ « intellectuelle ».

On a eu ensuite l’époque du « Tout ouvrage écrit par un militaire devra avoir l’imprimatur de mon cabinet » par un certain Gamelin, bon élève soucieux de ne pas déplaire et devenu chef d’état-major. C’était aussi quelques années avant la plus cruelle de toute nos défaites, elle-aussi qualifiée d’ « intellectuelle ».

Car à la guerre, il faut penser et même penser vite et fort. 

On notera qu’entre les deux évènements douloureux cités plus haut, il y a eu le défilé de la victoire du 14 juillet 1919. La génération de militaires qui avait défilé ce jour-là était au contraire celle qui avait eu le plus de noms sur des livres. Cette génération bouillonnante a écrit énormément, dans de nombreuses directions parfois irréalistes, s’est engueulée ouvertement, mais elle a réfléchi, puis elle a gagné et elle a gagné parce qu’elle avait réfléchi. Les soldats de cette époque se passionnaient pour les sciences, sociales chez certains, « dures » et techniques  pour d’autres. Ils en reflétaient les délires mais aussi les potentialités et ont su les utiliser pour vaincre. Il ne faut pas oublier que la transformation de l’armée française de 1914 et 1918 est la plus profonde et rapide mutation jamais réalisée par une grande organisation française et cela n’a pas pu être l’œuvre d’idiots. Elle n’a pas été non plus l’œuvre de fonctionnaires civils du ministère ni des contrôleurs généraux, même si ils y ont eu un peu leur part.

Ces soldats participaient aussi aux débats parlementaires sur la guerre, car à l’époque il y avait des débats et de très haute tenue sur les choses de la guerre. Il est vrai que les décisions se prenant au Parlement, les représentants de la nation étaient un peu obligés de s’intéresser aux questions militaires et ils n’hésitaient pas pour cela à faire appel aux meilleurs experts, c’est-à-dire les militaires eux-mêmes. On interdisait aux militaires de voter (jusqu’en 1946) mais on les incitait à s’exprimer. Un militaire qui écrivait dans une revue (et il n’était pas question de « rester à son niveau ») n’était pas immédiatement traité de « pseudo expert autoproclamé » et sa haute hiérarchie terrifiée, plus prompte à sanctionner qu’à prendre une décision opérationnelle, ne lui tombait pas dessus ensuite pour avoir fâché l’échelon politique (ou, pire, pour avoir cru que cela « pourrait » fâcher). A l’époque, on pouvait contester les critiques mais on les respectait. Rétrospectivement, il s’avère d’ailleurs que dans ces réflexions libres, les visions justes et les analyses constructives l’emportaient très nettement sur les erreurs manifestes (que l’on retient généralement).

Il est vrai que dans la classe politique de 1914, il y avait aussi des Clemenceau, Jaurès ou Poincaré. Ces gens-là ne craignaient pas la contradiction. La politique n’était pas forcément pour eux une simple série d’élections à gagner et quand Clemenceau disait faire la guerre, il la faisait réellement, lui. Ce n’est qu’ensuite que les choses se sont à nouveau gâtées, en commençant, comme les poissons, par la tête et la tête qui est censée définir la stratégie, elle est d’abord politique.

Les guerres se gagnent, aussi, par la critique ouverte et tolérée (tant qu’on ne révèle pas de secret opérationnel) de ce qui se fait, surtout lorsque ce qui se fait ne nous conduit pas visiblement vers la victoire. Tout ce qui bloque ce débat : l’autoritarisme « droit dans ses bottes », la prétention élitiste au monopole de la pensée, le petit calcul politique, la peur de déplaire à l’Elysée, la peur de ne pas avoir un poste prestigieux ou très bien payé à l’issue de son commandement, l’argument de la critique « dans un fauteuil », etc., tout cela est un facteur de défaite. Les cimetières des batailles perdues sont pleins de militaires à qui on a demandé de fermer leur gueule. Les histoires des  désastres sont pleines de citoyens à qui on interdit de réfléchir.

Au fait, on en est où de la guerre contre l’Etat islamique et les autres organisations djihadistes. Ça va mieux ?


PS : Clemenceau disait qu'après le milligramme, plus petite unité de poids et le millimètre, plus petite unité de distance, le militaire était la plus petite unité d'intelligence....C'était plus un bon mot qu'une croyance et au moins, ça c'était drôle. 

samedi 7 mai 2016

La voie romaine

La série « Les épées » est issue de l’expérience des cours donnés à Sciences-Po/Paris School of International Affairs sur l’histoire de l’évolution des armées. Le but de ces cours est d’analyser les freins, les moteurs, les acteurs et les processus qui ont permis la transformation des armées au cours des siècles à la manière des travaux d’état-major sur les conflits en cours.

Cette série de documents reprend ces travaux en les développant et en les complétant par de nouveaux cas concrets. Ce nouveau numéro est consacré à l'innovation militaire sous la République romaine de 509 av JC jusqu'aux guerres civiles et l'établissement du Principat. 

Cette analyse est disponible en format pdf (ou Word sur demande) à goyamichel@gmail.com et, à condition que cela vous plaise, au prix qu'il vous plaira (il suffit d'appuyer sur le bouton paypal en haut à droite sur ce blog et il n'y pas besoin d'avoir soi-même un compte paypal). 

Il est disponible en format Kindle (lisible sur ordinateur sans liseuse Kindle) en cliquant ici ou sur l'icone à côté.

Toutes les remarques et corrections sont les bienvenues.

Introduction

L’histoire de la République romaine, c’est d’abord l’histoire d’une réussite militaire. Pendant un siècle et demi, des débuts de la République en 509 jusqu’à la soumission des Volsques en 341 (sauf mention contraire toutes les dates sont avant JC), Rome lutte contre ses voisins immédiats, Etrusques, Sabins, Eques, Volsques et Herniques, dans un rayon de cinquante kilomètres. C’est une lutte opiniâtre et quasi-permanente, pour la survie d’abord, pour l’hégémonie ensuite dans la région, ponctuée de raids des tribus gauloises qui s’installent en même temps dans la vallée du Pô. Il faut ensuite moins d’un siècle, de 341 à 264 pour conquérir tout le centre et le sud de l’Italie et puis à peine plus, de 264 jusqu’à 132, pour dominer toute la Méditerranée après avoir vaincu l’empire punique, les diadoques grecs et les redoutables tribus gauloises cisalpines ou ibériques. La crise politique qui finit par mettre fin à la République en 27 ap JC n’empêche pas de nouvelles victoires en Gaule, contre le roi du Pont Mithridate VI ou l’Egypte ptolémaïque.


On assiste donc non seulement à une réussite inédite depuis celle, beaucoup plus éphémère d’Alexandre le grand, mais aussi à une réussite en accélération constante, accélération d’autant plus spectaculaire qu’avec Carthage ou la Macédoine, Rome fait face à des adversaires autrement plus redoutables que les Volsques ou les Sabins. On est donc en présence à la fois d’une vision stratégique de long terme associée à une forte capacité d’adaptation tactique, deux traits propres à Rome et que ses voisins ne possèdent pas ou à un degré moindre et qui suffisent à engendrer un processus cumulatif de puissance irrésistible. La source de ce processus est à la fois institutionnelle et culturelle. 
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17 pages-10 200 mots

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