dimanche 20 octobre 2013

Les Poilus et l'anti-fragilité

A quelques semaines du début des célébrations du début de la Grande guerre, à la sempiternelle question « comment ont-ils tenu ? » je préfère m’interroger sur la manière dont ils ont vaincu. L’armée française ne s’est pas contentée de résister, faisant effectivement preuve d’une solidité extraordinaire, elle s’est également totalement transformée en l’espace de quatre années  seulement pour devenir la plus puissante du monde. Elle illustre ainsi parfaitement le concept développée par Nassim Nicholas Taleb d’organisation anti-fragile, c’est-à-dire de structure qui ne se dégrade pas avec les épreuves mais au contraire se renforce et se développe.

L’enracinement dans les ressources de la nation

Il faut d’abord rappeler que parmi les grandes nations belligérantes, c’est la France qui avait le moindre potentiel économique et démographique, potentiel encore amoindri par l’occupation allemande de régions industrielles. Au moment de l’armistice, c’est pourtant l’armée de cette même France qui, malgré les pertes immenses, domine. Elle surclasse une armée allemande en cours de désagrégation rapide et dépasse de loin la jeune armée américaine (équipée en grande partie par la France et dont un tiers des équipages de chars ou des servants d’artillerie sont français). L’armée britannique connait une progression de puissance très rapide mais elle ne représente encore que 60 % de la puissance française à la fin de la guerre.

Cette révolution repose d’abord sur une mobilisation sans égale de la nation. Cette nation vieillie et au régime politique instable a pourtant réussi, non sans douleurs et tensions, à mobiliser ses ressources humaines et économiques comme aucune autre dans le monde. Elle a été capable aussi d’orienter cet effort intelligemment grâce à de nombreux liens entre les mondes civil et militaire. S’il comprend quelques inconvénients le régime parlementaire oblige aussi les représentants de la nation à s’intéresser à la chose militaire. Il suffit de consulter les débats parlementaires d’avant-guerre ou simplement de lire l’armée nouvelle de Jean Jaurès pour appréhender le niveau de compétence technique des députés et sénateurs de l’époque. Beaucoup d’entre eux rejoignent d’ailleurs le front d’où ils continuent à assurer le lien avec le Parlement.

L’armée qui se mobilise en 1914 est aussi en grande majorité composée de civils prenant l’uniforme. Ces civils viennent avec leur capital de compétences particulières dont beaucoup seront très utiles lorsque la guerre se transformera à la fin de 1914. Au printemps 1915, le lieutenant de réserve Cailloux récupère deux tracteurs à chenilles qu’il possédait dans son exploitation agricole de Tunisie et les offre à son régiment pour tracter des pièces d’artillerie lourde dans les Vosges. C’est probablement le premier emploi militaire en France d’engins à chenilles. D’un autre côté, la grande majorité des officiers possède également une culture scientifique, technique chez les Polytechniciens qui servent alors en nombre dans l’artillerie et le génie mais aussi chez les officiers des armes de mêlée qui se passionnent souvent pour les sciences humaines. Le colonel Estienne, artilleur et scientifique, pionnier à la fois de l’aviation et des chars, est l’exemple parfait de ces « connecteurs ». Malgré les apparences conservatrices, l’armée française est alors une armée ouverte.

La circulation des idées

L’information circule vite et beaucoup dans l’armée française. On ne fait en réalité qu’adapter au contexte de guerre des habitudes prises dans le temps de paix, lorsqu’après la guerre de 1870 on a créé 400 bibliothèques de garnison, plusieurs revues militaires et surtout incité les militaires, en fait les officiers, à écrire. Contrairement à la période précédente où le maréchal Mac Mahon « rayait de l’avancement tout officier qui a son nom sur un livre », il est désormais de bon ton d’avoir écrit. Les officiers brevetés de l’Ecole supérieure de guerre se présentent en donnant le nom de leur éditeur. De fait, jamais les militaires français n’ont autant écrit et débattu qu’entre 1871 et 1914. Cela ne va sans problèmes, entre effets de groupthink de la part d’hommes issus du même milieu et de la même formation ou au contraire débats violents. C’est avec un collage de doctrines peu compatibles que l’armée française entre en guerre en août 1914 mais beaucoup d’officiers ont pris l’habitude d’analyser systématiquement les choses et d’exprimer leurs idées, et cette habitude perdure pendant la guerre.

Chaque opération, chaque combat fait l’objet d’un compte-rendu, on parlerait aujourd’hui de retour d’expérience (retex), et quand on examine ces documents on est frappé par leur honnêteté voire parfois leur impertinence. Cela permet, avec le système des officiers de liaison, au Grand quartier général, d’avoir une vision assez juste des évènements. Dès les 16 et 22 août 1914, le GQG peut édicter des notes destinées à corriger les premières déficiences constatées. Ces rapports circulent aussi très vite entre divisions voisines ou par le biais de lettre et de télégrammes entre les différents réseaux de camarades des différentes promotions.

Lorsque la guerre de tranchées apparaît, les débats persistent et ne sont pas considérés comme des trahisons ou des « atteintes au moral » pour reprendre une expression récente du chef d’état-major des armées. Lorsque domine le paradigme de « l’attaque brusquée » en 1915 (la percée du front allemand par une seule grand offensive), Foch et plusieurs autres polytechniciens proposent plutôt la « conduite scientifique de la bataille » (une série de préparations-assaut pour chaque position successive jusqu’à la percée) tandis que Pétain ébauche l’idée de la « bataille latérale » (des attaques limitées sur plusieurs points séparés du front pour l’ébranler et non le percer). Lorsqu’en septembre 1915 l’offensive de Champagne marque l’impasse de l’ »attaque brusquée », on fait appel à l’ « opposition » de Foch pour conduire la grande bataille suivante sur la Somme. Après son échec relatif, c’est le modèle de Nivelle (le retour de l’attaque brusquée avec des moyens modernes) qui s’impose puis celui de Pétain.

Pétain, généralissime, organise lui-même les débats, parfois sous la direction d’un de ses adjoints pour les questions importantes (« faut-il imiter les Allemands en créant des troupes d’assaut ? » dirigé par le général Debeney) ou par le biais de la section études du GQCG pour les questions plus techniques (« comment organiser le groupe de combat d’infanterie » à l’été 1917). Encore une fois, on se trompe, on se dispute mais ça bouillonne d’idées.

L’exploitation des idées

Cette manière de faire permet d’exploiter les idées et d’abord toutes celles qui ont été accumulées avant la guerre. Il faut bien comprendre que l’armée française n’a pu vaincre que parce que avant-guerre elle a consacré des ressources à des projets alternatifs. Dans un contexte de ressources rares relativement à l’Allemagne, l’armée française a accepté de « gâcher » du temps, de l’argent, quelques munitions, etc. en laissant des originaux tester des méthodes non réglementaires ou créer des prototypes. Elle a ensuite vécu toute la guerre sur cette « réserve » d’idées. Cela a d’abord été sensible pendant les premières semaines de la guerre lorsqu’après les désastres de la bataille des frontières, il a fallu innover à grande vitesse. Toutes ces idées plus ou moins cachées apparaissent au grand jour, sont testées en grandeur nature et lorsqu’elles réussissent, elles se diffuent très vite. C’est un des secrets du "miracle de la Marne" qui permet à l’armée française de compenser son infériorité en moyens disponibles pour l’entraînement des forces (les effectifs sont les mêmes pour un budget inférieur presque de moitié à celui de l’Allemagne).  

L’armée française qui se bat début septembre n’est plus la même que celle qui se battait deux semaines plus tôt. L’aviation qui n’était censée faire que l’observation apprend, avec l’aérostation retirée des places-fortes, à faire du réglage d’artillerie. Elle commence à frapper les ennemis au sol et même à engager le combat contre les autres avions. Très loin de son règlement de manœuvre, l’artillerie de campagne prépare les attaques, pratique le tir indirect, de nuit, les barrages fixes et même roulants. Ses capitaines guident les tirs à distance (quitte à écumer la France et la Suisse pour trouver du câble téléphonique). L’infanterie a appris à coordonner son action avec les artilleurs, à s’accrocher au sol et même le creuser, à diluer ses dispositifs d’attaque. La cavalerie improvise les premières automitrailleuses, se dote (parfois en les volant) d’outils afin de tenir le terrain et dope sa puissance de feu en récupérant des mitrailleuses dans les dépôts.  

A cette première phase, qui concerne surtout les innovations de méthodes, succède la nécessaire adaptation à la guerre de tranchées, qui peu ont anticipé. Cette adaptation se fait à récupérant sur « étagère » tous les prototypes techniques utiles en les perfectionnant éventuellement. L’artillerie française fonctionne ainsi avec des pièces qui ont toutes été inventées avant-guerre. L’armement de l’infanterie de tranchées est également tout entier développé à partir de prototypes déjà existants (fusil-mitrailleur Chauchat, mortiers, canon de 37 mm et même fusils semi-automatiques) ou utilisées à petite échelle dans d’autres armes (les grenades du génie).

Les équipements vraiment nouveaux viennent de l’industrie des communications et surtout de l’automobile, domaines dans lesquels la France est en pointe. La France va terminer la guerre avec 80 000 camions, 2 000 chars et 400 automitrailleuses (plus que tous les autres belligérants réunis dans les trois cas) et à peu près autant d’avions en ligne (plus que les Allemands). L’armée française est la seule à disposer de 37 régiments automobiles d’artillerie de campagne. C’est cette mobilité opérative qui va permettre de concentrer les forces d’un point à l’autre du front plus vite que toute autre armée, stopper les offensives allemandes du printemps 1918 puis de prendre et conserver l’initiative des opérations offensives.

Le soutien aux entrepreneurs

Derrière des innovations, il y a toujours des innovateurs ou plus exactement des entrepreneurs capables de porter des projets face aux difficultés de toutes sortes.

Ces entrepreneurs peuvent être des tacticiens qui, on l’a vu, proposent des modes d’action différents. Or l’armée française, plutôt rigide dans son avancement dans le temps de paix (il suffit généralement de réussir le concours de Saint-Cyr ou de Polytechnique et de ne pas se faire remarquer en mal pour y faire une brillante carrière) devient une vraie  méritocratie en temps de guerre. Plus de 40 % des généraux d’août 1914 sont limogés avant la fin de l’année et parmi les grands chefs qui conduiront l’armée vers la victoire, beaucoup ne sont que colonels (Pétain, Fayolle, Debeney ou même Nivelle) au début du conflit.

Ce sont aussi des techniciens. Le GQG est assailli de nombreuses propositions. Certaines sont peu sérieuses, comme le projet du soldat Raffray du 103e RI sur un appareillage assez fantaisiste destiné à remplacer les hommes de liaison ou celui du sous-lieutenant Malassenet proposant un nouvel alphabet télégraphique pour remplacer le morse. Ces projets sont rejetés mais ils ont été, étudiés avec soin. D’autres dossiers sont beaucoup plus importants et sérieux. En novembre 1914, le commandant du génie Duchêne propose un mortier de tranchée qui aboutit en janvier 1915 au canon de tranchée de 58 mm. Par ses multiples propositions le capitaine Sacconey réorganise à peu près complètement l’aérostation française. Les entrepreneurs les plus célèbres restent cependant les grands organisateurs des transmissions (colonel Férrié et commandant Fracque) de l’aéronautique (commandant Barès, colonel Duval), du service automobile (commandant Doumenc) et des chars (colonel Estienne), parrainés directement par le général en chef et dont ils deviennent les conseillers directs. On notera au passage le grade modeste de ces hommes à qui cette armée de plus de 330 généraux fait confiance.

Les ressources nouvelles dont disposent les armées permettent à ces hommes de créer des laboratoires tactiques où ils expérimentent leurs idées. Ces laboratoires où l’on pratique l’écoute et la stimulation mutuelle peuvent être spontanés, comme en 1915 l’escadrille MS3 des Roland Garros, Guynemer et Brocard qui expérimente le combat aérien, ou aidés par le GQG lorsque l’investissement est trop important, comme le groupement de chasse du commandant de Rose à Verdun en février 1916 ou l’Artillerie spéciale du colonel Estienne en septembre 1916 (il lui aura fallu dix mois pour créer la première unité de chars en partant de rien).

Lorsque ces laboratoires, souvent après avoir surmonté quelques déboires initiaux, obtiennent des succès, leurs procédés sont généralisés. Le groupement de Rose donne naissance aux groupes de chasse affectés à chaque armée ou à la division aérienne de 1918. La voie sacrée de Doumenc est reproduite sur la Somme puis à plusieurs exemplaires simultanés lors des offensives de 1918. La première génération de chars de 1917, très imparfaite, fait place aux 21 bataillons du remarquable char léger FT-17 de 1918 qui redonne de la puissance offensive à l’infanterie française. On est alors très près de créer des divisions blindées françaises.

Il ne suffit pas d’innover, il faut aussi faire en sorte que les nouveautés efficaces remplacent les habitudes dépassées. Dans ce processus de destruction créatrice, la régulation est assurée par un réseau d’inspections d’armes et d’écoles qui se met en place pendant la guerre avec une systématisation avec l’arrivée de Pétain à la tête de l’armée.  Chaque spécialité a ainsi son école où on recueille et synthétise les retours d’expérience et les idées avant de les transformer en règlements, bulletins et surtout en cours dispensés à tous. Les inspecteurs d’armes, qui dirigent aussi souvent ces établissements sont les conseillers directs du général en chef.

Au bilan, malgré les pertes terribles, les échecs, les tensions internes, l’armée française résiste et apprend. Même les mutineries de 1917 peuvent apparaître comme la colère de soldats professionnels qui font grève pour protester contre la manière dont ils sont utilisés. A partir du printemps 1916, les Français font jeu égal avec les Allemands et à partir de 1917, ils développent un modèle propre qui en fait l’armée la plus moderne du monde. 

La victoire est le résultat de la volonté mais aussi et surtout de l’intelligence. Ce sont aussi la liberté d’expression, les débats, le bouillonnement d’idées, la culture scientifique du corps des officiers, la culture militaire des élites civiles, l’acceptation du « gaspillage » de ressources pour les projets alternatifs qui ont rendu la victoire possible. C’était il y a cent ans.

15 commentaires:

  1. Un nouveau bon et plaisant article de votre part.

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  2. Effectivement très intéressant article.
    J'ai cependant deux insignifiantes remarques; l'article parle du "Pétain, généralissime, organise lui-même les débats", je croyais que ce titre n'a été donné qu'aux généraux commandant aux armées françaises, anglaise,puis américaines ? donc Joffres et Foch.

    Ensuite "L’armement de l’infanterie de tranchées est également tout entier développé à partir de prototypes déjà existants (fusil-mitrailleur Chauchat"
    Il me semble que ce fusil mitrailleur a été l'origine d'un gros scandale politico-financier car complètement inutilisable et inefficace

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  3. "Il me semble que ce fusil mitrailleur a été l'origine d'un gros scandale politico-financier car complètement inutilisable et inefficace"

    M. Goya va sans doute mieux répondre que moi, mais, à ma connaissance, non.
    D'après le peu que j'en sais, le Chauchat était handicapé par sa conception (prototype peu avancé d'avant-guerre utilisant un mécanisme Browning nécéssitant entre autre une tenue très ferme de l'arme pour laisser le recul actionner le tir), mise en service rapide par comité, choix forcé d'une cartouche peu adéquate - la France a été à la pointe niveau développement des armes légères jusqu'à la 2é GM, poudre, cartouches, armes automatique, fusils semi-autos, mais a toujours joué de malchance, les rendez-vous historiques semblant se présenter au pire moment -, et fabrication en partie avec des pièces cannibalisées sur des mitrailleuse mises au rebut.

    L'arme était toutefois fonctionnelle, économique, et suffisamment efficace pour être l'arme automatique la plus utilisée durant le conflit (180 000 je crois), le premier vrai FM autour duquel l'armée Française organisera sa doctrine, avec succès, en tous cas suffisamment pour que les autres belligérents, Allemands y compris, recherchent cette arme.

    La "légende noire" du Chauchat vient directement du "folklore des flingues" de nos amis Américains, l'Armée US ayant voulu s'équipper de Chauchat en 30.06, et ayant (comme toujours) complètement raté la conversion de calibre, pour arriver à une arme dangereusement inutilisable.
    A partir de là, le Chauchat est devenu le "Chau-Shit" pour un certain public qui de toute manière ne peut vraiment PAS avoir d'autres conceptions, concernant une arme Française, et le "chauchat, pire mitrailleuse jamais utilisée" est devenu un lieu-commun, une vérité admise... comme en témoigne une simple recherche en ligne.

    Disons que celà n'ajoute qu'une petite anecdocte, dénigrante et légère, à la négation du rôle de la France durant la Grande Guerre, dans une vision historique USA-centrée.

    Je laisserai toute autre personne réellement informée me corriger. Et je me décide enfin à acquérir "La chair et l'acier", avec beaucoup de honte pour mon retard.

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  4. Je viens de lire le livre de Keegan sur cette guerre, il fait jouer à la France un rôle moins enthousiaste que vous. Vous ne parlez pas, par exemple, de l'intervention décisive, déjà, des Américains. Cela me laisse sceptique.

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    1. Peut-être parce que les Américains n'ont pas été si décisifs que ça. Rôle psychologique et économique indéniable, rôle tactique important de quelques divisions engagées dans les rangs français et britanniques (la 2e DIUS notamment)
      Pour le reste, la 1ère armée américaine ne conduit que deux batailles, une relativement facile à Saint-Mihiel et une autre, difficile et assez mal conduite, dans l'Argonne. Rappelons que c'est l'armée française qui équipe (à son détriment) l'armée américaine et qu'elle lui fournit aussi de nombreux équipages de chars et d'artilleurs.
      Je ne me rappelle pas que John Keegan évoque cela (j'aime beaucoup Keegan mais ce n'est pas son meilleur livre).

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    2. Halte à l'atlantisme naïf2 novembre 2013 16:47

      Pourquoi ne pas admettre tout simplement que les Américains, en envoyant un corps expéditionnaire embryonnaire en France, sont essentiellement venus prendre des gages pour pouvoir participer au règlement politique de l'après-guerre loin duquel ils auraient sans doute été tenus à l'écart définitivement s'ils étaient restés en dehors du conflit. Avec en prime un joli discours moralisateur, et la volonté affichée pour la première fois de prendre le "lead" mondial en s'abritant derrière les "14 points" de Wilson. On peut lire dans l'intervention tardive des US leur volonté d'empêcher l'Allemagne de gagner la guerre et de devenir potentiellement et durablement une puissance économique capable d'unifier le continent européen et surtout de concurrencer la super-puissance montante. On voit mal un historien anglo-saxon arriver à ce genre de conclusions... Je vous remercie, mon Colonel, de faire ce simple rappel de faits historiques qui ont été écartés de l'enseignement trop longtemps.
      Cela n'enlève absolument rien au courage des soldats américains et à la valeur de leur sacrifice. Ils se sont battus pour les intérêts de leur nation avant tout.
      Cordialement,

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  5. Je ne suis pas du tout un spécialiste, mais ne serait-ce que par leur arrivée massive les Américains ont vraisemblablement permis la concentration de nos forces en vue de l'offensive, non?

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    1. Ils ont permis d'obtenir la supériorité numérique à partir de septembre 1918 et surtout la certitude que cette supériorité ne pouvait que s'accroître. La première cause de la victoire est la supériorité technique britannique et surtout française.

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    2. Il faut aussi préciser que la France équipe une partie des troupes américaines qui arrivent, notamment en char (Renault FT 17) et artillerie (GPF 155mm qui inspirera le futur Long Tom américain).
      De mémoire, Foch avait prévu une offensive en 1919 où cette supériorité aurait détruit l'armée allemande. On peut ainsi dire que l'armistice de 1918 a pu contribuer au mythe de l'armée allemande invaincue, la sauvant indirectement de cette puissante offensive.

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  6. Les américains ont aussi été équipés en chasseurs SPAD...qui les marqua tellement qu'ils surnommèrent SPAD leur fameux A-1 skyraider.

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  7. Un article très intéressant comme souvent, mon colonel.
    Un point en particulier attire mon attention : "Pétain, généralissime, organise lui-même les débats, [...] « faut-il imiter les Allemands en créant des troupes d’assaut ? » ".
    Y a t-il moyen d'en savoir plus à ce sujet? L'armée allemande en 1918 a dévoré sa substance et n'est plus réellement en mesure de remplacer ses Sturmtruppen perdues suite aux offensives du printemps. Mais cela n'invalide pas le concept pour autant. Par là, quel est l'avis du commandement français et sa réponse à la question?

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    1. Grosso modo le maréchal Pétain s'est opposé à la création de telles "troupes de choc" ou "troupes d'assaut", allant jusqu'à les qualifier de "gladiateurs".

      Le raisonnement était le suivant. L'existence de troupes de choc et de troupes de ligne (qui auraient eu pour role de tenir le front de manière statique en étant peut apte à l'offensive) aurait induit une différenciation et la création d'un fossé entre ces deux corps.
      C'est alors contraire aux traditions de l'armée française, notamment depuis la bataille de Verdun qui aura vu "toutes" les divisions françaises passer au feu, dans un souci d'égalité et d'uniformité. L'armée française de 1916/1918 est alors très homogène, contrairement à l'armée allemande dont les troupes sont rangées dans plusieurs catégories selon leur niveau opérationnel. Il existe bien dans l'armée françaises des divisions et des corps ayant une réputation "d'élite" mais pas de manière institutionnalisée.
      Dans la doctrine française, toute division était sensée pouvoir prendre l'offensive et la défensive. Cette doctrine a montré sa pertinence d'une certaine façon avec l'excellent niveau opérationnel atteint par notre armée à la fin du conflit comme le démontre le colonel Goya.

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    2. Merci pour ce complément.

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  8. Peut-on faire un parallèle (prudent) entre la Grande Guerre Française et la Grande Guerre Patriotique Soviétique?

    Dans les deux cas ça commence avec une situation très critique et ça finit avec une victoire claire et nette (pour la France et la Russie)...

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  9. L'universalisme contre la raison raisonnante. L'histoire se répète.

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