vendredi 17 mars 2017

Le combattant rapproché comme priorité stratégique nationale-Intervention au colloque national de l'infanterie

16 mars 2017.

A l’été 2006, j’ai effectué une mission de retour d’expérience à Kaboul. A l’époque, la France venait juste de refuser d’envoyer son unique compagnie d’infanterie alors présente sur place en renfort des Canadiens qui venaient de s’engager dans la province de Kandahar et devaient y faire face à une résistance inattendue. En allant voir cette unité, je constatais qu’elle aurait eu, au regard de l’intensité des combats qui se déroulaient alors, de sérieuses difficultés et sans doute des pertes : le capitaine n’avait pas de véhicule de commandement, certains véhicules de la compagnie n’étaient pas blindés, les sections étaient réduites à 75% de l’effectif théorique, il n'y avait des munitions que pour un jour et demi de combat, il y avait très peu d’armes d’appui et pas de mitrailleuses 12,7 mm sur les VAB (Véhicules de l’avant blindés, qui, il est vrai, remplaçaient les camions depuis peu), etc. Tout avait été calculé au plus juste pour être présents  au moindre coût dans une opération de stabilisation. Je concluais mon rapport en disant que la foudre ne nous épargnerait pas éternellement et qu’il fallait se préparer beaucoup plus sérieusement à l’éventualité de combats violents. Je proposais notamment de regarder précisément ce que faisaient nos alliés alors engagés dans les zones de combat en Afghanistan. Quelques mois plus tard, le poste qui consistait justement à analyser ce que faisaient les autres fut supprimé par mesure d’économie.

Deux ans plus tard, alors au cabinet du Chef d’état-major des armées, je participais au groupe de travail analysant le combat de la vallée d’Uzbeen. Je constatais que rien n’avait vraiment évolué depuis. L’équipement et l’organisation de la section Carmin qui était tombée dans l’embuscade étaient les mêmes que celui des sections de 2006. Pire, cette section était quasi-identique à celle que je commandais quinze ans plus tôt à Sarajevo: même gilet pare-balles, conçu pour des missions statiques, même casque, même armement, même faible quantité de munitions, même nombre réduit.

Entre 1993 et 2008, la France avait pourtant produit pour environ 20 000 milliards d’euros de richesses nouvelles. Ne pouvait-on imaginer d’en consacrer un petit peu pour ses soldats de première ligne ? Alors certes, le programme Félin était en cours, j’avais même participé à certaines expérimentations dix ans plus tôt, et de nouveaux équipements avaient été demandés, en « urgence opérationnelle », comme les VAB téléopérés. Mais visiblement cela n’avait pas été assez urgent. Que de lourdeurs, de rigidités pour arracher quelques ressources. Ne pouvait-on imaginer d’équiper nos soldats plus vite de matériels plus performants ? Il suffisait bien souvent, comme nos ennemis, de les acheter sur le marché civil pour quelques centaines d’euros. Plus largement, ne pouvait-on imaginer de changer notre armement individuel ? Dix ans avant l’embuscade d’Uzbeen, j’avais assisté à une séance de tir où une section d’infanterie tunisienne nous avait humiliés avec ses fusils d’assaut à lunette Steyr AUG. Le tir avec cette arme, pourtant contemporaine du Famas, m’avait alors paru magique. En 2008, cela faisait déjà pratiquement trente ans que nous étions dotés du Famas. Trente ans, c’était le temps qu’il avait fallu justement pour passer la génération précédente -celle de la guerre d’Algérie : FSA 49/56, MAT 49, AA52- au fusil d’assaut.

Il n’était donc peut-être pas scandaleux d’envisager le remplacement de ce Famas dont par ailleurs l’entretien devenait si coûteux et l’approvisionnement en munitions de plus en plus dégradé. Si j’ai bien lu, son remplacement, en cours actuellement, va nous coûter environ 300 millions d’euros…300 millions d’euros, soit 0,68 % du programme Rafale (un total de 43 milliards d’euros de dépenses pour la France au dernier pointage lu). Avec le prix de deux avions Rafale, on pouvait rééquiper tous nos soldats débarqués. Pour la moitié du prix d’un avion, on pouvait remplacer le gilet pare-balles conçu dans l’urgence par ce qui se faisait de mieux au monde. Le Rafale est un merveilleux appareil mais la position stratégique de la France se serait-elle trouvée compromise avec quatre avions Rafale de moins, au profit d’une infanterie beaucoup mieux équipée ? La destruction de la section Carmin n’était pas seulement une question d’équipements mais avec des nouvelles armes individuelles dont un bon pistolet automatique en double dotation, une centaine de munitions en plus, des gilets plus ergonomiques, autant de soldats débarqués que la structure réglementaire, elle aurait peut-être pu tenir jusqu’à l’arrivée des renforts. Cela n’a pas été le cas, la section d’infanterie débarquée n’était pas une priorité pour la nation ou même le ministère de la Défense, comme bien souvent dans notre histoire.

Le fantassin oublié

La section d’infanterie française prend sa forme moderne dans les années 1916-1918. Elle est alors équipée de fusils-mitrailleurs, de fusils lance-grenades et parfois de fusils semi-automatiques (FSA) dont certains avec lunette. Chaque demi-section (puis tiers de section à la fin de la guerre) n’est alors pas très différente dans ses équipements, son organisation et son fonctionnement du groupe de combat actuel. Autour des sections d’infanterie, on invente aussi les sections et compagnies d’appui avec mitrailleuses, mortiers de 81 mm et canons de 37 mm. Le saut qualitatif a été énorme de 1914 à 1918. Le problème est qu’il n’avait pas besoin d’être réalisé car tous ces équipements existaient avant guerre à l’état de prototypes. Il suffisait de les développer. On ne l’a pas fait.

On ne l’a pas fait parce que tout cela n’est pas très valorisant, à tous les sens du terme. Dans le monde économique, l’intérêt des ingénieurs et des comptables se porte beaucoup plus facilement sur les grands et beaux systèmes. Les chantiers navals ou, plus tard, l’industrie aéronautique, ont plus de visibilité, de poids médiatique que les entreprises plus modestes qui servent l’armée de terre et parmi ces dernières, les producteurs de véhicules, l’emportent sur ceux qui fournissent les petits équipements des soldats à terre. Dans l’offre industrielle, le fantassin au sol est le plus mal servi, surtout lors des périodes de disette budgétaire lorsque les gros programmes maigrissent alors que les maigres meurent. Ce phénomène pousse d'ailleurs paradoxalement les armées à soutenir les premiers (les gros et coûteux) plutôt que les seconds pour mieux défendre leurs budgets. 

Du côté des politiques, là où se font les choix budgétaires, on est aussi évidemment plus sensible à ces grands industriels, pour des raisons parfois personnelles mais aussi pour soutenir l’activité et les exportations ou encore parce que ces grands engins sont plus utiles pour des effets démonstratifs. Avant 1914, on dépense des fortunes pour les dirigeables ou les cuirassés de type Dreadnought. Un simple transfert des ressources de ces projets vers les fantassins de 14 aurait sauvé des centaines de milliers de vie et changé l’Histoire.

Il est vrai aussi que le fantassin apparaît aussi bien petit voire simple. Considérée comme moins technique que les « armes savantes » où même la cavalerie, c’est bien souvent dans les rangs de l’infanterie que sont affectés les recrues les moins qualifiées. Recrutés « dans la partie la plus vile de la nation » selon l’Encyclopédie au XVIIIe siècle, tirés au sort tout au long du XIXe siècle (avec possibilité d’exemption pour la bourgeoisie moyennant finance), le fantassin français est réputé brave mais peu instruit. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, on considère généralement qu’il faut au minimum deux ans de service pour faire un soldat. La réduction du service militaire à un an en 1928 est considéré comme une catastrophe par l’Etat-major qui estime que l’on ne peut plus dès lors mener de grandes opérations offensives (jugées les plus complexes). Si, en 1934, le colonel de Gaulle demande des soldats de métier pour servir dans les corps blindés-mécanisés qu’il décrit dans Vers l’armée de métier, c’est parce qu’il ne croit pas que des appelés à un an de service puissent le faire. Au-delà des technologies, sur lesquels presque tous les regards se portent, c’est bien souvent dans le changement des perceptions que se trouvent les innovations les plus fertiles. En regardant les hommes différemment on aurait pu considérer avant 1914 que les fantassins pouvaient utiliser des armes automatiques sans gaspiller des munitions, l’argument premier de l’époque. L’invention du chef de groupe en 1917 est une innovation majeure qui permet de résoudre le problème que l’on se pose dans l’infanterie depuis l’apparition en masse des fusils à âme rayée (qui ont une portée pratique beaucoup plus importante que les armes précédentes). Pendant des dizaines d’années, on a hésité entre la dispersion des hommes qui protège du feu mais éloigne des officiers et la concentration, aux effets inverses. Il a fallu finalement changer de regard sur les sergents en 1917 et considérer qu’ils pouvaient aussi prendre des décisions tactiques autonomes pour résoudre le problème en créant des cellules semi-concentrées. Une des innovations majeures de l’infanterie durant ces deux derniers siècles a donc procédé d’un simple changement de perception.

On retrouve le même phénomène pendant la Seconde Guerre mondiale. Les sections d’infanterie de 1940 n’ont pratiquement pas bougé depuis 1918. Pas d’armement nouveau, hormis l’excellent fusil-mitrailleur FM 24/29. Il n'y a pas de fusil semi-automatique (le MAS 36 est encore à répétition manuelle et il ne sort qu’au compte-goutte au début de la guerre) et on est incapable de produire un pistolet-mitrailleur (PM) efficace. Non seulement, l’armement et l’équipement du fantassin ne constituent pas une priorité, mais on n’a pas réfléchi non plus à l’évolution des structures et des méthodes. Il y avait pourtant, là aussi, un potentiel caché qui ne s’est révélé que plus tard. Deux ans après le désastre de 1940, à Bir Hakeim, une brigade de cinq bataillons d’infanterie et de quelques unités d’appui tenait tête à une division blindée italienne puis à deux divisions allemandes tout en étant plus frappée par les Stukas que les forces soviétiques à Stalingrad. Cette 1ère brigade française libre (BFL) était pourtant encore largement équipée de matériels français ou d’équipements facilement disponibles avant 1939. Elle avait simplement inventé de nouvelles méthodes et de nouvelles structures. Avec sensiblement les mêmes moyens, elle se battait beaucoup mieux et plus durement que les unités équivalentes de 1940 et on se plait à rêver à ce qu’aurait pu être alors le combat en France ou en Belgique avec des centaines de 1re BFL.

Retenons bien ces leçons. Dans l’allocution des ressources le petit fantassin aura tendance à être le dernier servi, surtout lorsque ces ressources sont rares, jusqu'au moment où arrive le moment où il faut combattre. Comme l’air, on s’aperçoit alors que l’infanterie existe lorsqu’on en manque, qu’elle est vitale et finalement toujours trop rare et trop négligée. On s’aperçoit aussi, leçon interne de l’armée de Terre et de l’infanterie, que, focalisés aussi sur les ressources venues du haut dont il est toujours facile d’accuser le manque, qu’il y avait une productivité sous-exploitée.

Tâtonnements fantassins

Les choses ont-elles vraiment changé depuis ? L’infanterie à pied a bénéficié de deux grandes périodes d’effort après 1945 : pendant la guerre d’Algérie et dans les années 1980 au moment de la petite guerre froide. Il y avait alors un besoin urgent, pour faire une guerre en cours ou pour se préparer à une autre qui menaçait, et des ressources importantes étaient consacrées à l’outil de défense (y compris dans la situation économique difficile des années 1980). 

Dans le premier cas, en Algérie, la priorité est donnée à l’infanterie à pied (« légère ») et à la puissance de feu antipersonnel. On refuse la solution du fusil d’assaut et on prolonge les concepts du début de la Seconde Guerre mondiale mais avec la génération des FSA, PM et fusil-mitrailleur AA52, on dote nos fantassins d’une puissance de feu nettement plus importante que celle de nos adversaires (il est vrai mal équipés). Dans le deuxième cas, en France et en Allemagne, l’accent est mis sur la mobilité et la capacité antichar. L’infanterie, portée sur VAB ou AMX10P est dotée de lance-roquettes, roquettes jetables de 112 mm et de toute une panoplie de missiles : Hot, Milan, Eryx. Pendant le même temps, la capacité antipersonnel évolue peu. En 1978, les soldats largués à Kolwezi et engagés au Tchad ou au Liban sont encore équipés comme à l’époque du plan Challe, face à des combattants équipés de fusils d’assaut FAL ou de la panoplie soviétique : AK47, lance-roquette RPG, fusil à lunette SVD, fusil-mitrailleur RPD. On achète alors en urgence des fusils suisses SIG 540 avant, dernière armée moderne à le faire, de se doter d’un fusil d’assaut avec le Famas.

La fin de la guerre froide nous surprend dans cette posture. Politique inconséquente et à très courte vue, on n’ose supprimer ou transformer aucun des grands programmes lancés à la fin de la guerre froide mais on s’empresse en même temps de réduire les moyens qui auraient permis de financer ces mêmes grands programmes. Depuis, les armées sont plongées dans une profonde crise organique. Autour des grands programmes, tout fond. Dans l’armée de l’air, tout tombe en ruines autour du Rafale, autour du groupe aéronaval la flotte perd des milliers de tonnes chaque année et dans l’armée de terre, le nombre de chars est divisé par six en vingt-cinq ans, les canons par quatre et les hélicoptères par deux. L’infanterie n’échappe pas au phénomène. Il y avait 48 régiments ou bataillons de chasseurs endivisionnés en 1986, il n’y en a plus que vingt aujourd'hui.

Pour autant, avec la multiplication des « gestions de crise » après la guerre froide, on s’aperçoit que l’on a besoin d’hommes sur le terrain, pas forcément de combattants, car on n’y combat que rarement et ponctuellement (à Sarajevo ou à Mogadiscio par exemple) mais plutôt de « gardiens de la paix » ou de « gardes internationaux ». Des unités d’infanterie sont évidemment capables de jouer ce rôle mais il est possible de faire appel aussi pour ce que l’on croit être des missions simples (jusqu’à ce qu’il faille combattre et là c'est plus compliqué) à des unités de marche ou Proterre. Dans ces conditions, finalement plus encombrée qu’aidée de cet armement antichars dont on continue à l’équiper malgré tout (pour quelques missiles tirés, le programme Eryx aura coûté deux fois le coût du remplacement du Famas), recevant au compte-gouttes des crédits de développement, l’infanterie évolue lentement parfois encore empêtrée dans des procédures interminables.

Il aura fallu quand même deux ans après le rapport du général Vezio en 1986 pour choisir entre la roue et la chenille pour le futur Véhicule blindé de combat d’infanterie (VBCI), puis encore dix ans pour ne pas se mettre d’accord avec les voisins européens sur un projet commun et enfin refuser en 2002 les déplorables premières maquettes proposées par l’industriel, avant de voir enfin arriver en 2008 le VBCI dans les unités (pour finalement un nombre inférieur à la commande initiale et pour un prix total du programme plus élevé). En 1916, il n’avait fallu que dix mois pour former la toute première unité de chars français de l’histoire en partant de rien. Il est vrai que dès la génération suivante, là où le général Estienne et l’infanterie demandaient un petit engin d’accompagnement à deux places et transportable par camions (le FT-17) le service automobile du ministère et l’industrie proposaient plutôt un monstre mécanique beaucoup plus sophistiqué, coûteux et lent à produire (et au bout du compte inutile).

Pour le fantassin débarqué, le combattant rapproché d’une manière générale, c’est l’urgence qui a commandé pour faire à la menace de tous les malfaisants qui s’acharnaient mystérieusement contre les soldats de la paix. On a assisté à une pulsion d’acquisitions au début des années 1990 : Minimi, fusil Mac Millan, gilets pare-éclats, pare-balles, casque, optronique ou des transferts, VBL, VAB canons de 20 mm. Cela a été bienvenu et a sauvé un certain nombre de vies mais pour le reste, hormis la professionnalisation complète de l’infanterie, on connaît peu d’évolutions dans les structures, les méthodes ou les perceptions jusqu’à l’engagement en Kapisa-Surobi en 2008, occasion d’une nouvelle pulsion réactive.

Le fantassin stratégique

Ce qui me frappait le plus en faisant le retour d’expérience de l’embuscade d’Uzbeen était ce décalage flagrant entre les effets, très clairement stratégiques, des combats, et la faible priorité accordée à nos fantassins. Il faut être cohérent : si l’engagement d’une seule section d’infanterie peut avoir des effets stratégiques, alors la section d’infanterie doit recevoir une attention stratégique, c'est-à-dire au niveau politico-militaire le plus élevé. Cela paraît relever de l’évidence biblique.

Ce sont les combattants rapprochés qui payent le prix fort. Il serait intéressant d’analyser qui étaient et comment sont morts précisément les 400 soldats tombés pour la France depuis 1962. Les Américains, eux, ont fait ce genre d’études. Ils ont établi que dans les conflits du XXIe siècle, les fantassins représentaient 81 % des pertes, que 90 % d’entre eux étaient morts à moins de 400 m d’une route et pour 52 % en cherchant l’ennemi. Les statistiques françaises doivent être assez proches. Une arme qui représente en France peut-être 5 à 6 % des hommes et des femmes en uniforme supporte au moins 70 % des pertes, les autres sont essentiellement des sapeurs (les sapeurs-combat peuvent revendiquer légitimement aussi l’appellation de combattants rapprochés) et des logisticiens.

Dans l’immense majorité des cas, ces hommes ont été tués dans des combats d’ampleur limitée par d’autres combattants rapprochés toujours irréguliers, soit par le feu d’armes légères, soit par des engins explosifs et obus. Dans ces combats, les soldats français sont presque toujours sortis vainqueurs, et c’est encore le cas finalement à Uzbeen au bout de deux jours, mais il suffit que quelque uns d’entre eux tombent pour que cela deviennent un événement à l’ampleur exponentielle par rapport au nombre de pertes. En Afghanistan, l’embuscade d’Uzbeen a provoqué une grande émotion, la sidération du ministre et le déplacement d’un Président de la République puis les deux attaques-suicide du 13 juillet 2011 et du 20 janvier 2012 (dix soldats français tués au total) ont provoqué à leur tour de telles mesures de prudence qu’elles ont largement paralysé l’action en Kapisa-Surobi avant de finalement provoquer un retrait anticipé. Ces opérations tactiques voire micro-tactiques apparaissent donc rétrospectivement comme de grandes victoires rebelles.

Cette très faible résilience politique incite à une réticence à l’engagement de troupes terrestres, surtout de soldats débarqués, apparemment si vulnérables. Le problème est que les effets décisifs ne peuvent être obtenus qu’au sol, là où vivent les gens, et par des combattants qui plantent des drapeaux et contrôlent des zones. Cela est d’autant plus vrai que l’on combat, ce qui est la norme depuis cinquante ans, surtout des organisations armées au milieu de populations. Ces organisations ont peut les bombarder pendant des semaines, des mois et même des années maintenant comme l’Etat islamique, s’il n’y a personne au sol pour les dominer au plus près et contrôler le terrain et la population, cela ne donne pas grand chose. On peut bien sûr faire confiance aux Alliés locaux pour cela mais en se souvenant que s’ils ont fait appel à nous, c’est qu’ils sont inférieurs à leur adversaire. Les résultats sont souvent très aléatoires. Nous voilà donc soumis à un dilemme fondamental : engager des combattants rapprochés, avoir plus de chances de l’emporter mais voir fatalement certains d’entre eux tomber, ou ne pas les engager, et donc imiter les pertes, mais voir les chances de succès diminuer.

Faire en sorte que le politique n’ait plus peur d’engager des combattants rapprochés au contact de l’ennemi.

Il n’y a qu’une manière de sortir de ce dilemme : faire en sorte que le politique n’ait plus peur d’engager des combattants rapprochés au contact de l’ennemi. On l’aura compris, cette ambition dépasse largement le cadre de l’infanterie. Le Livre blanc de 2008 expliquait qu’il fallait apprendre à la nation à être plus résiliente car les engagements à venir seraient plus durs. C’était une erreur, d’une manière générale l’opinion publique s’avère souvent bien plus prête à accepter les pertes que ne le croit l’échelon politique. C’est ce dernier qui soit apprendre la résilience, ou plutôt doit la réapprendre. En juillet 1961, le général de Gaulle engageait les forces françaises pour dégager la base de Bizerte, acceptant la perte de 27 hommes (pour 30 fois plus dans l’armée tunisienne). En 1978, le Président Giscard d’Estaing engageait quasi-simultanément deux opérations audacieuses au Tchad et à Kolwezi : 33 soldats français mourraient en quelques semaines mais nos ennemis étaient écrasés. Pendant la guerre du Golfe, on avait cru et admis qu’il y a aurait possiblement des centaines de victimes.

Et puis on a surtout hésité, dès l’engagement au Liban en 1978 en fait, à combattre directement pour finalement quand même perdre des hommes sans avoir beaucoup de résultats. Il faut l’engagement des forces spéciales dans le sud afghan en 2003, puis la Kapisa-Surobi et l’opération Serval au Mali pour renouer avec le combat…avant d'hésiter à nouveau. La guerre contre l’Etat islamique est ainsi la première de notre histoire ou, en presque trois ans, les pertes civiles sont très largement supérieures à celle d’une armée que l’on ne veut pas engager directement contre l’ennemi.

Cette ambition concerne aussi l’armée de Terre et l’infanterie. On peut, comme je l’entends dans ce colloque se satisfaire de tout et estimer que l'on fait le maximum. On peut considérer aussi qu’on peut aller beaucoup plus loin. Alors que, depuis la fin de la Guerre froide, nous avons une supériorité totale dans les airs et sur les mers, n’y craignant plus que les concurrents commerciaux, le combat des petites cellules tactiques terrestres n’a guère varié depuis des dizaines d’années. Malgré ses équipements électroniques ou de protection, une section d’infanterie française moderne aurait des difficultés à vaincre, sauf sans doute de nuit, une section de panzergrenadiers allemands de 1944 (et ses quatre à six MG-42 à 1000 coups-minutes). Dans les combats d’Uzbeen, une section a été détruite et une autre fixée par des combattants rebelles bénéficiant certes de la surprise et de la supériorité numérique mais sans gilets pare-balles et équipés d’armements des années 1960. On n’imagine pas une patrouille d’avions Rafale, même surprise, être battue par une escadrille de Mig-15 et encore moins de Focke-Wulf 190. C’est possible dans le combat terrestre et plus particulièrement le combat débarqué.

On peut rétorquer que cela ne s’est plus reproduit depuis 2008. C’est vrai et les combats, très intégrés entre le sol et les appuis, en Kapisa et plus encore au Mali ont été menés de manière remarquable mais en déployant des moyens importants et au prix de 200 000 euros par combattant ennemi tué. C’est certes inférieur aux coûts d’une campagne aérienne mais quand même. On se gargarise avec les principes de la guerre de Foch, mais parmi eux il y a « l’économie des forces ». Nous pouvons gagner tous les combats mais combien pouvons-nous gagner de combats de ce type quand les appuis-canons, hélicoptères d’attaque, chasseurs-bombardiers- se comptent en dizaines seulement et quand les Américains ne sont pas là pour les fournir ? On doit se féliciter de la réussite de Serval mais il ne faut pas oublier que nous avions en face de nous 3 000 combattants légers équipés de pick-up et d'armes légères soviétiques, et que nous avons (avec nos camarades tchadiens) tué 10 % de cet ensemble. La France seule face à l’Etat islamique, on fait comment ? C’est une superpuissance militaire, l’Etat islamique ? Il y a 99 ans, nous étions la première armée du monde, nous disposions de l’infanterie la plus forte et la plus moderne et pas seulement dans ses équipements. En 1924, la France épuisée par la guerre envoyait quand même 100 000 soldats au Maroc vaincre une force rebelle comparativement très supérieure à ce que représente l’Etat islamique aujourd’hui.

Révolution

A dépenser tellement d’énergie pour sauver les programmes en cours, à gratter quelques crédits, on en vient à se satisfaire de pouvoir gagner simultanément quelques combats de petite ampleur (qui, il est vrai, ne le sont jamais pour ceux qui les vivent) ? Ce qu’il faut atteindre, c’est la certitude qu’une section isolée soit invincible face à un adversaire équivalent en nombre, qu’elle soit capable de résister face à trois ou quatre fois plus de combattants jusqu’à ce que des renforts ou des appuis arrivent. Il faut bien sûr diminuer par tous les moyens le risque pour chacun de nos soldats mais aussi et surtout augmenter considérablement le risque pour nos ennemis. Pour chaque combattant rapproché qui tombe, 20 ennemis doivent mourir lorsque la section combat seule et 40 lorsqu'elle peut bénéficier d'appuis proches. C’était finalement la norme de Serval mais il faut atteindre cette norme avec les moyens de l’infanterie seule (ce qui n’empêche évidemment pas de faire parfois appel aux autres) et surtout la multiplier. Ce n’est pas 400 sections dont la France a besoin mais de 800 super-sections d'un standard se rapprochant de celui des Forces spéciales. C’est irréaliste ? De la même façon que les généraux de 1914 auraient considérés comme irréalistes ce que l’on a été capable de faire seulement quatre ans plus tard et que ceux de 1940 auraient jugés ridicule le compte-rendu de Bir Hakeim.

Pour y arriver, il faut bien sûr commencer par dépasser le seul cadre de l’infanterie, de l’armée de Terre et même des armées pour secouer plus haut et placer le politique devant ses responsabilités et ses contradictions. On ne peut impunément déclarer être en guerre et ne pas sérieusement la faire. On peut se féliciter de la modification de la loi de programmation mais cela est encore loin d’être suffisant, ne serait-ce que pour résoudre la crise en cours. Imagine-t-on par ailleurs le général de Lattre entendre avant de débarquer en France que seul le tiers du surcoût des opérations de la Première armée serait financé et qu’une partie de son budget serait gelé, car vaincre l’armée allemande c’est bien mais réduire les dépenses publiques, c’est mieux ? Imagine-t-on le général Pétain à Verdun recevoir des directives de l’Union européenne lui rappelant l’obligation de créer des représentations professionnelles et de faire respecter strictement les temps de repos des fonctionnaires ? C’est aberrant, c’est pourtant ce que nous faisons. En face, l’Etat islamique, al-Mourabitoune, AQMI ou Boko Haram ne sont pas soumis au code des marchés publics, n’ont pas mis en place des bases de défense et n’ont pas adopté le logiciel Louvois. Cela leur donne de gros avantages que l’on n’est pas obligé de leur accorder éternellement.

Mais on peut se regarder aussi. N’y-a-t’il rien à faire en attendant les sacro-saints Scorpion et Félin V2 ? Attention, ces programmes sont remarquables mais il ne faut pas qu’ils nous hypnotisent. Peut-être que dans le futur Félin nous permettra d’établir enfin d’établir la suprématie en combat rapproché mais ce n’est encore le cas et pour l’instant le bilan est négatif puisque, effet d’éviction, avec les 42 000 euros que coûte chaque panoplie on aurait pu faire mieux et surtout beaucoup plus vite en en se contentant d’acheter sur étagères. Peut-être faut-il d'ailleurs accorder et de ressources plus de liberté aux brigades et régiments pour acheter (et même revendre) dans le marché civil ce dont elles ont besoin, hors armement bien sûr ? Les tenues ne seront pas forcément tout à fait toujours les mêmes mais quelque chose me dit que nos soldats seraient sans doute mieux équipés, plus vite et pour un coût global inférieur pour le budget du ministère.

Dans cette journée, j’ai entendu dire plusieurs fois qu’il ne fallait jamais oublier l’homme. C’est très bien mais concrètement, cela signifie quoi ? Si on se souciait vraiment des hommes, on ne se réjouirait pas de l’opération Sentinelle. Peut-être qu’on si on maintenant un peu plus de stabilité dans nos unités au lieu de conserver la même gestion des mutations que pendant l’armée de conscription on obtiendrait plus de cohésion et d’efficacité sans dépenser un euro de plus (en fait en en dépensant moins). 

On sait que les meilleurs soldats ont entre 28 et 32 ans. Ils ont peut-être un peu moins de souffle qu’à 20 ans mais ils ont en revanche beaucoup plus de maturité. Un général israélien m'a confié un jour que ce qu'il nous enviait le plus, c'était nos vieux caporaux-chefs qui restent calmes dans les situations difficiles. Il m'expliquait que pour les missions les plus complexes ils préféraient engager des réservistes que des unités d'active, où la moyenne d’âge, cadres compris, tourne autour de 21 ans. Les hommes des forces spéciales sont plus âgés que les autres, ce n’est pas pour rien. Les unités d’intervention de la police et de la gendarmerie recrutent aussi des hommes déjà formés et avec quelques années d’ancienneté. Pourquoi ne pas faire de la spécialité de combattant rapproché, une spécialité de deuxième temps de carrière ? On aura des hommes mûrs, expérimentés et qui auront acquis d’autres compétences utiles. 

Ces hommes et ces femmes précieux, notre trésor national, ne doivent pas non plus être gaspillés. Leur temps doit être partagé entre entraînement-alerte, opérations et repos. Tout le reste, le gardiennage, les gardes d’honneur, les servitudes diverses, etc. doit être réduit au maximum ou effectué par d’autres. Peut-être alors que l’on considérera que l’on se soucie vraiment des hommes et que le temps moyen d’engagement des militaires du rang sera supérieur à six ans.

Est-on par ailleurs obligé d’avoir des structures différentes de section pour chaque théâtre d’opération ? Pourquoi faut-il une organisation différente pour le 9e RIMa ou le 3e REI sur le même territoire guyanais ? Pourquoi avoir conçu une section à 40 hommes pour ne jamais l’utiliser et, à la place, bidouiller, parfois pour respecter à l’homme près un chiffre politique (« ne pas dépasser 4 000 hommes en Afghanistan ! », comme si on demandait au porte-avions Charles de Gaulle de ne fonctionner qu’avec 1 000 hommes) ? Outre que ces changements de structure sont « déstructurants », on en arrive ainsi à avoir seulement 23 hommes à terre à Uzbeen au lieu de 31.

Puisqu’on parle de structures, pourquoi, hormis le retour (heureux) du troisième tireur de précision, n’avons-nous pas fait évoluer la structure décrite dans l’INF 202 de 1999 (qui lui-même ne modifiait la version de 1986 qu’avec le chapitre consacré au groupe ACCP) ? Il y a douze ans, les fantassins israéliens m’expliquaient avoir abandonné le trinôme par son incapacité à absorber les pertes. En ajoutant un seul homme, l’équipe devenait plus résistante et plus souple. Il y a un consensus international et historique là-dessus, nous persistons pourtant. Pourquoi attendre encore avant de constituer des groupes d’appui dans les sections, avec du 7,62 mm, des tireurs de précision avec fusils HK417 et pourquoi pas des lance-roquettes Carl Gustav au lieu (ou en plus) des AT-4 ? J’ai expérimenté de 1993 à 1999, une organisation de la section directement inspirée des sections d’assaut allemandes de 1944 avec un groupe appui-feu, regroupant les armes tirant à 600 m, et deux ou trois groupes d’assaut équipés simplement de Famas. Dans la majorité des cas, cela fonctionnait beaucoup mieux qu’en les répartissant dans les groupes (dans l’embuscade d’Uzbeen, hormis un tireur de précision et une seule grenade LGI lancée, les armes portant à 600 m n’ont fourni aucune plus-value réparties dans les groupes).

Pourquoi conserve-t-on douze cadres d’ordre réglementaires pour le chef de groupe ? Lorsque j’étais chef de groupe, je les ai remplacés par un cadre d’ordre unique : OPAC (objectif-observation/position/action), inspiré des modes de communication entre équipages de chars. Ce simple changement, expérimenté de multiples fois, a eu pour effet d’accélérer considérablement à la fois la vitesse et la qualité de fonctionnement du groupe et des équipes. Dans un combat d’infanterie où l’initiative du feu et la vitesse de commandement sont essentielles, cela apportait un avantage énorme (et là encore sans dépenser un euro). Pourquoi persiste-t-on dans la lourdeur quand on peut faire mieux ?

L’homme n’est pas seulement un être obéissant, c’est aussi un être pensant. La « section fantôme », celle qui pourrait être plus efficace sans dépenser beaucoup plus, voire rien, elle se crée par l’expérimentation, les idées, les débats. On a modifié la politique de tir grâce à l’initiative (et l’opiniâtreté) de quelques-uns. On peut faire mieux. Où sont, hormis en partie le site Pensée Mili-Terre, les centres de réflexions, les espaces critiques, les Forum, où on peut s’exprimer librement (c'est-à-dire sans censure préalable ou convocation) ? Je me souviens avoir lu de vigoureux et passionnants débats tactiques dans des revues militaires soviétiques (traduites). Les Américains font ça plutôt bien. Où est l’équivalent français ?


En conclusion, il est essentiel pour la France qu’une section (ou n’importe quelle autre unité tactique élémentaire que l’on définira) d’infanterie ou de combat rapproché si on préfère (intégrant aussi des sapeurs, des cavaliers ou des observateurs) soit capable d’écraser n’importe quel adversaire équivalent. Il est essentiel pour la France de disposer en plus grande nombre de telles unités de choc. Si nous parvenons à cela, le politique aura moins peur d’engager des soldats français au combat direct et s’il engage des soldats au contact, les probabilités de victoire augmenteront considérablement. C’est ainsi que l’on retrouvera vraiment des effets décisifs dans les guerres que nous menons réellement et pas dans celles que nous fantasmons. Tout cela demande un effort considérable, financier, matériel mais ainsi et peut-être surtout de l’imagination. Il y a un potentiel stratégique énorme dans nos combattants rapprochés, il faut l’exploiter si nous voulons rester une puissance. 

28 commentaires:

  1. Mon colonel,
    Je me permet de soulever une petite coquille noyée dans ce superbe article si incisif mais rempli de vérités. L'INF 202 à enfin été remplacé (2014) et son remplaçant est plutôt bien fait et d'actualite. Même s'il reste bien sûr enfermé dans les carcans dont vous parlez si bien.

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    1. Merci. Je crois que qu'il n'a pas l'appellation INF202 en fait (quelle est-elle ?) mais je serai curieux de le lire. Que change-t-il concrètement à l'organisation de la section à part le retour du 3e TP ?

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    2. En effet, comment s'appelle-t-il ce nouveau INF202 ? Est-il consultable quelque part en ces temps d'hyper information via le Net

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    3. L'appellation INF202 n'existe plus depuis 2014, date d'arrivée de l'INF36.001. Il n'y a pas d'autre modification sur l'organisation de la section,ce qui, de mon humble avis est une réelle erreur(en effet le Tp est fait pour agir en binôme, comme les tp, les pièces AC, etc...). Le gros changement est la prise en compte des nouvelles missions qui sont utilisées depuis l'Afghanistan mais n'étaient pas normées.

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  2. Bonjour,
    Je crois qu'il il y a un coquille ici: "Il y a douze ans, les fantassins israéliens m’expliquaient avoir abandonné le trinôme par son incapacité à absorber les pertes. En ajoutant un seul homme, l’équipe devenait plus résistante et plus souple. Il faudrait remplacer trinôme par binôme non?
    En tout cas bravo pour cette belle analyse sur un sujet qui me tient à cœur depuis longtemps. Le conservatisme de notre Armée de terre est ahurissant. Hélas...
    Bien cordialement,
    Joël Cambre (col. en retraite)

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    1. Non, je confirme qu'il s'agit bien de trinômes. Je crois que nous devons être les seuls à conserver cette structure.

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  3. Ah ok je croyais qu'il s'agissait de trinôme par opposition à binôme, en fait c'est trinôme par opposition à équipe... Merci de la précision! :)

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  4. Excellent article une fois de plus, un vrai plaisir de vous lire.

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  5. Mon Colonel,
    Merci et bravo pour cette excellente analyse.Vous démontrez la qualité de la réflexion militaire qui est exclue du débat public et politique depuis des dizaines d'années. Est ce un effet de notre modèle de société ?....En interne vous démontrez bien le danger de l'absence d'échanges d'idées et de perspectives qui enrichiraient notre pensée militaire.......Poursuivez vos interpellations pour que la gouvernance comprenne......JLE

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  6. https://strategietotale.com/forum/102-theories-et-concepts

    C'est pas très dur de trouver des forums où ça discute un minimum.

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    1. Vous avez raison. Votre site est remarquable et je le recommande mais je parlais d'espaces officiels de réflexion libre.

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  7. Réflexions personnelles de Marc Pierre.
    Bonjour,
    Cet article fort intéressant et bien documenté fait rappeler opportunément, à mon humble avis, des principes directeurs en ce qui concerne tout combattant.
    1° Il est correctement équipé aussi bien en temps ordinaire qu'en temps d'opération.
    2° Il est convenablement instruit ou drillé au regard de l'équipement de service et des circonstances générales et particulières de son emploi.
    3° Il est préalablement éprouvé avant tout engagement.
    4° Il est nécessairement régénéré après tout engagement.
    Concernant la Grande Guerre, deux innovations particulières sont à noter en matière d'équipement du fantassin français. La première est l'adoption relativement rapide et la généralisation massive du casque métallique Adrian produit à plus de trois millions d'exemplaires en 1915. Si les Poilus à plus des trois quarts sont blessés à la tête avant son adoption, ils le sont à moins d'un quart en 1916. La seconde est la mitrailleuse Hotchkiss conçue en 1897 par les ingénieurs Benet et Mercié de la maison éponyme à partir d'un brevet acheté au capitaine austro-hongrois von Odolek et commercialisée à partir de 1900. Comportant à l'origine une crosse métallique en cuivre et une sûreté, la maison Hotchkiss supprime la crosse et tout dispositif de sécurité manuelle. Arme « bouche-trou » au début de la Grande Guerre, la mitrailleuse Hotchkiss Mle 1914 ne comportant que trente pièces, son démontage est relativement aisé et rapide. Cette arme robuste et précise au fonctionnement sûr et régulier, y compris dans les pires conditions de combat, va remplacer la mitrailleuse Saint-Étienne Mle 1907 au fonctionnement aléatoire à partir de 1917. Les mitrailleuses lourdes Hotchkiss Mle 1900/1914 vont par ailleurs équiper les armées belges, brésiliennes, espagnoles, américaines, grecques, italiennes, mexicaines, norvégiennes, polonaises et serbes.
    Bonne semaine à tous.

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    1. Puis-je vous faire remarquer que j'ai écrit une thèse sur le sujet ?
      https://www.amazon.fr/LInvention-guerre-moderne-pantalon-1871-1918/dp/B00G68N6PG/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1489921129&sr=8-1&keywords=l%27invention+de+la+guerre+moderne

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    2. Effectivement, il est communément admis que la guerre moderne trouve ses origines dans la période 1871-1918. Cependant, pour le béotien que je suis, je serais enclin de faire remonter le début de la période à la guerre civile américaine (1861-1865)qui voit, entre autres, l'apparition de la mitrailleuse Gatling, de l'utilisation des tranchées par les deux camps, des mouvements de troupe par voie ferrée (Le raid du général Sherman sur les arrières confédérés, par exemple), etc. Le corps expéditionnaire américain qui débarque en Europe en 1917 va se moderniser une seconde fois pour s'adapter aux exigences des combats européens et à l'efficacité accrue des armes des belligérants. Salutations.

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    3. La guerre industrielle se met en place progressivement tout au long de la deuxième moitié du XIXe siècle. Les Prussiens sont les premiers à appréhender la nation de changement mais la civil war est effectivement le conflit le plus novateur du moment mais son caractère atypique (longue guerre menée par des amateurs) et les victoires simultanées de la Prusse font qu'on néglige de s'y intéresser.

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  8. Mon colonel,

    Pourriez vous préciser l'organisation que vous préconisez pour nos sections d'infanterie? Si j'en crois les sources à ma disposition celles-ci sont composées actuellement d'un groupe avec des missiles Eryx et trois groupes avec chacun 1 Minimi et 1 LGI. Si je suis votre propos, vous suggérez de regrouper Minimi, Eryx, LGI et tireurs d'élite dans une seul groupe d'appui, ce qui donne un groupe surpuissant à une douzaine de membres (2 Eryx+2 servants, 3 Minimi, 3 LGI, 3 tireurs d'élite) et deux à trois groupes tout petits (5-6 hommes chacun si on veut rester autour de 30h par section (sans compter l'état-major)

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    1. Il y a toujours eu un débat depuis 1917 entre les tenants du groupe de combat polyvalent et ceux du combat de section, avec un échelon feu et un échelon choc. On a actuellement un système un peu batard avec un échelon feu antichars (le groupe Eryx) et des groupes avec des équipes différenciés. Je pense et c'est la tendance, qu'il serait plus utile de remplacer ce groupe Eryx par un groupe appui à dominante antipersonnel avec des armes en 7,62 mm (mitrailleurs et tireurs de précision), des lance-roquettes et un lance-missiles MMP.

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    2. Mais est-il possible de caser toutes ces armes dans un groupe de 5 hommes (la taille de l'actuel groupe Eryx si je ne me trompe)? Avec 1 tireur de précision plus 1 mitrailleur plus 1 lance-roquette plus 1 MMP plus 1 chef de groupe on est déjà à 5, avec 1 seule arme de chaque type. Cela ne serait-il pas moins "efficace" (numériquement au moins) qu'une mitrailleuse par groupe plus un tireur de précision par groupe, et les lance roquette/MMP dans le groupe d'appui?

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  9. Quelques coquilles et répétitions, sans importance, vu la qualité des idées exposées. C'est malheureusement le sort des armes françaises de ne se rétablir qu'après un début cuisant que l'on n'a pas vu venir faute d’avoir su regarder autour de soi. La charge en masse à la baïonnette était ainsi préconisée en 14 contre les tranchées ennemies alors que la guerre russo-japonaise avait montré l'inanité de telles tactiques. L'AA 52 qui n'a toujours été qu'une pâle imitation de la MG 42 très inférieure en précision au FM 24 29 qu’elle prétendait remplacer, est toujours en dotation dans les unités. A la veille de Daguet, l'armée de terre commandait les gilets pare-balles au compte-goutte pour des gardes statiques. Les armes de mêlée ne disposent ni de drones ni de moyens pour les abattre. En Irak des combattants des plus rudimentaires ont trouvé mille manières de les utiliser. Il est vrai qu'ils n'ont pas d'ingénieurs de l'armement. Mais encore bravo pour cet excellent article. Espérons qu’il rencontrera l’écho mérité chez les responsables de nos armées.

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  10. Mon colonel,

    Excellent analyse et des plus exhaustive, dont je retiens en étant fort simplificateur que les deux problèmes récurrents de notre armée et notamment celle de terre sont : primauté donner aux grands programmes industriels sophistiqués, et ménage de conservatisme-immobilisme en ce qui concerne l'infanterie (organisation et armement).

    Cela serait il du à l'influence de nos grands industriels sur nos politiques et état-major, et au quasi désintérêt du commandement pour une arme peu "savante" telle que l'infanterie ? Il semble que les innovations au sein de celle-ci sont en grande majorité issus de la base, le commandement ne faisant souvent que les valider après coup.

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  11. Daniel Chollet20 mars 2017 à 17:32

    Vu le turn over, avec 70% de personnel sous contrat, ces CDD tant décriés pour les civils, ce n'est pas demain que le fantassin sera un professionnel.

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  12. Mon Colonel, j'ai tenu moi même des propos non conformistes et iconoclastes dans mon jeune temps quand j'étais en activité. Cela n'a servi en rien et je me suis lassé. Mais pourquoi n'adopte-t-on pas un TED adapté au genre d'adversaire ou à la situation. Ainsi pourquoi dans les OPEX trimballer tout cet armement anti char face à des adversaires qui n'en ont pas. Certes, un lance roquette par section et un seul peut être utile pour allumer une entrée de grotte ou une maison dangereuse.Un de mes anciens me racontait que dans le commando de chasse de son régiment de Marsouins, en Algérie, le colonel Langlais (celui de Dien Bien Phu)avait décidé que tout le monde serait en PM MAT 49 et avec le chef de commando : 1 FM, 1 FLG, 2 fusils à lunette.Cela fonctionnait et ils avaient du bilan.

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    1. Les armements anti-chars sont souvent les seules armes lourdes du régiment d'infanterie. Plus encore, elles sont précises.
      A l'orée du combat nécessitant puissance, distance et discrimination, c'est donc la seule artillerie d'assaut à disposition du fantassin.
      Après c'est sur que ça fait cher comme artillerie...

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  13. Ah les débats de fantassin! Mais qui est fantassin, par le CEMAT il est para colo, pas le colonel Goya il est colo, pas les légionnaires non plus, et pas les chasseurs alpins, les chasseurs à pied non plus, et encore moins les chasseurs parachutistes qui fêtent St Michel avec les tringlots, sapeurs et même les Cdos de l'air. Car le mal de la "biffe" est là et pas ailleurs. Tout les contempteurs de la tiédeur des dirigeants et des grands programmes coûteux et inutiles (l'A400M par exemple) le font en ordre dispersé. Il n'y a pas de lobby infanterie, alors que tous les cavaliers sont cavaliers avant tout quelle que soit leur subdivision (les cavaliers sont ' à - fois lus nombreux que les fantassins dans les état-majors internationaux et bien mieux placés à l'EMA ou dans les ministères). Demandez à un chasseur alpin s'il se sent une communauté de destin avec un mécanisé... Demandez à un marin ce qu'est un biffin (tout soldat de l'AdT pour lui). Quant aux armes, même le HK 416 avec ses qualités ne sera qu'un fusil d'assaut comme un autre sans les aides à la visée que la DGA et l'EMAT ont "oublié" de commander (ouvrez le débat il y a urgence!). Après 27 ans d'armée dont 18 en unités d'infanterie (TAP, colo, métro, méca, moto) je constate qu'il n'existe pas de grande famille de fantassin, pas de réseau, par d'esprit. Alors continuons à financer les calots d'armes et pas les équipements de combat et cela durera encore longtemps. Pour une infanterie une! dont le corpus commun serait rusticité, dureté, volonté, agilité et détermination (et relisons Bigeard, relisons Larteguy, tous deux plusieurs fois fantassins d'ailleurs!). Un fantassin

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    1. Concernant les aides à la visée, quelques faits :
      - le programme FELIN en prévoit, de qualités. Et elles sont compatibles avec le HK 416.
      - les AVJ et J4 ancienne génération ont des interfaces leurs permettant un montage picatinny (prévu un temps pour les FAMAS valorisés) et donc, de fait, d'être monté sur les HK 416 destiné aux unités non-infanterie.

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  14. Bonjour,

    petite question: les TP sont ils incluent dans les groupes de combat ou sont ils regroupés dans un groupe d'appui au sein de la section?

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  15. Les études récentes, dont l’ETO TAAPI (DGA) qui a eu pour objet de fournir des éléments de réflexion sur la nature (en terme de type de matériel et de performances) et la répartition des Armes Légères d’Infanterie (ALI) au sein d’un sous groupement tactique interarmes (SGTIA) SCORPION débarqué et de fournir des éléments d’orientation et de cohérence pour la définition des futures armes des combattants débarqués entre les horizons 2010-2020, à laquelle j'ai participé, a tenté d'aborder tous les sujets développés par le Colonel Goya. Nous avions entendu à l'époque, lors de retex passionnant, un certain nombre de régiments de retour d’engagement en Afghanistan et noté un certain nombre de remarques, souvent judicieuses, parfois simples à mettre en œuvre, pas forcément onéreuses de la part des utilisateurs de première ligne. Remarques qui concernaient autant l'organisation jusqu'au niveau section que l'équipement futur dans tous ses aspects, encombrement, poids, efficacité, létalité, types de munitions etc... Cette étude tenait compte d’un combat futur, pas forcément face à un adversaire considéré à tort comme loqueteux, sous-instruit, mal armé parce qu’il utilise des Kalach, des SPG, bref, soi-disant, des tromblons datant des années soixante, mais qui mobilisent des moyens extrêmement sophistiqués, et hors de prix, sur l'engagement desquels il convient de se poser de vrais questions. (ce mépris vis-à-vis non pas de l’ennemi mais du danger qu’il représente, et de la manière dont il conviendrait de le traiter m’a toujours extrêmement intéressé) mais aussi face à des combattants débarqués ou pas, sous blindage ou pas, en ZUB ou pas (zone montagneuse, humide, de jour comme de nuit) organisé ou désorganisé, symétrique ou pas, en prenant en compte l’aspect psychologique du combattant.
    J’ai la faiblesse de croire que cela a servi à quelque chose et notamment pour une autre étude en cours, dans sa dimension engagement de décideurs à l’EMAT, à laquelle je participe, et sur laquelle je ne peux bien évidemment m’étendre, qui concerne le programme Scorpion.
    Nous avons des lourdeurs administratives, dues à des lourdeurs culturelles, qui touchent tous les domaines des armes et des armées. Mais je reste optimiste, j’ai noté ces dernières années des évolutions extrêmement positives pour la prise en compte des vrais besoins du combattant. Nous sommes quelques-uns à croire que l’aggravation prévisible de la situation, accélèrera ce processus... Nous verrons.

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  16. Bonjour,

    Dans un autre registre (quoique), je suppose que l'idée d'un rétablissement du service national, tout comme la construction d'un deuxième porte-avions, ne vous enchante pas.

    Ou bien, au contraire, peut-être les regardez-vous avec faveur ?

    Je serais intéressé par votre avis à ce sujet.

    BAV

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